On ne dira pas amen, mais plus question que les écoles primaires congolaises reçoivent des élèves qui ne proviennent pas des pouponnières, dès l'année prochaine. La décision parait fantaisiste puisqu'elle n'aboutira sûrement à rien, pourtant elle a été prise. Evidemment, c'est encore une recommandations.  Au nom d'une république aussi vaste que la RDC, les experts pensent que les décideurs s'adressaient plutôt aux villes et non au pays. Si révolution de la modernité l'on veut, elle est là.

Des élèves dans une classe à Lubumbashi **Photo: FideleBlog

- Le fait et Les raisons -

Au soir de l'année scolaire 2014-2015, une équipe de génies congolais s'est réunie et a décidé ainsi. Le constat donnerait que les élèves qui sont passés par la maternelle sont mieux outillés et plus intellectuellement aptes dans la suite de leur cursus scolaire que ceux venus de "nulle part". C'est effectivement vrai, du moins dans la plupart des cas, mais... A l'issue de leur table-ronde, le gouvernement avait été invité à garantir aux jeunes filles et garçons l’enseignement maternel et le rendre obligatoire car les premières années, de la naissance jusqu’à l’âge de six ans, sont déterminantes pour la formation de l’intelligence, de la personnalité et du comportement  social de l’enfant. C’est l’une des recommandations à l’issue d’une table-ronde sur la Réforme de l’Enseignement maternel en RDC, tenue du 10 au 13 juin 2015, à Kinshasa.

Après la maternelle, l'élève sait compter, réciter quelques lettres de l'alphabet, éventuellement écrire son nom, chose que les aînés peuvent aussi lui apprendre en famille. Il aura peut-être une certaine agilité et un facilité d'intégration que celui qui commence directement par la maternelle. Et personne ne dira que ces raisons ne suffisent pas pour les décideurs qui ont annoncé la mesure. Mais suffit-il de maîtriser les dix premiers chiffres pour être meilleur ? L'expérience ne le confirme pas en tout cas, surtout quand il n'y a pas de statistiques prouvant, après enquête, que la maternelle est une bonne affaire qui n'est pas que commerciale.

- De défi en défi -

Comme moteur de développement, l'éducation a beau être indispensable, elle doit tout autant être organisée logiquement. Et la RDC semble bien s’aligner mais avec sa logique propre. En effet, il y a quelques années, le gouvernement congolais annonçait la gratuité de l'enseignement primaire mais la pratique n'a pas été effective. Et pour autant, il demeure l'impossibilité pour certains parents d'envoyer leurs enfants à l'école à l'âge normal, le temps pour certains de faire des économies. Exiger par là encore aux parents d'inscrire leurs enfants à la maternelle avant le primaire, ce serait les abattre, tant que tout est payé. Déjà, certaines écoles primaires en RDC sont largement moins coûteuses que la plupart de bonnes maternelles toujours onéreuses et que n'importe qui ne pourrait pas se permettre.

- L'envie de l'impossible -

Il est permis de rêver, d'avoir des désirs, de faire des vœux pourvu qu'on ne s'éloigne pas du rationnel. En effet, les écoles maternelles ne sont actives en RDC que dans les milieux urbains. Les villages en sont privés de la même manière que certains d'entre eux n'ont même pas d'école primaire. Dans tous les sens, les moyens n'existent ou ne suffisent pas. Il serait simplement utopique d'imaginer pour bientôt la réussite de cette mesure. L'Etat devrait d'abord investir dans les écoles disponibles, construire de nouvelles, redessiner l'environnement scolaire, redonner le goût d'étudier.

Faire de l'école maternelle une obligation revient à créer un supplément de dépense pour la plupart des foyers. La politique aurait pu fonctionner, si seulement la gratuité était annoncée, pourvue qu'il y ait des écoles pour cela. L'histoire me donnera raison! ©Fidèle BWIRHONDE  ©fideleblog.canalblog.com