Ils étaient encore nombreux les travailleurs de ma ville (Lubumbashi), ce 1 mai 2015. C'est la journée mondiale du travail et donc on ne devait pas rater ça, comme s'il suffisait d'un seul jour pour se reconnaître enfin travailleur. Il ne s'agissait pas de revendiquer leurs droits, mais de maquiller leurs misères et douleurs.

Fête du travail 2015 (IMAGE : www.hkeyet-enssa.com)

Ils étaient là marchant avec sourire affiché et plaies cachées. Drôle de paradoxe! Les mêmes employés qui se déclarent au quotidien mal ou impayés, je les ai vus rangés pour défiler. Dans les regards des uns, une joie ineffable puisque un verre conclurait bien la marche, alors que d'autres affichaient une mine desséchée de toute sensation positive. Ils étaient chanceux ceux qui ont pu défiler avec leur patron et administratifs, car encore, à ma grande déception, la plupart des défilants n'étaient pas accompagnés de leurs patrons. C'est encore ceux qui mangent les miettes qui ont été appelés à s'afficher, sauf au moment des photos des "unes" de journaux. Là alors, non, le travail n'assure pas l'indépendance!

Une journée chaumée, des tenues renouvelées pour l'occasion, des repas copieux au programme et une éventuelle collation promise, c'est cela le prix des consciences des travailleurs, rien que pour une journée et faire oublier les peines d'une vie. Si seulement ils avaient le choix, nombreux aimeraient bien mourir ce jour-là, au moins le cœur joyeux, l'esprit léger. Et dire que le travail rend indépendant, je n'y crois plus.

Par où sont passées les revendications de nos parents, eux qui nous reviennent chaque jours à la maison encore plus vieux et tristes que le matin. Et le soir, l'ambiance terminée, les voilà encore dans les mêmes allures de galère, prêts à emprunter du sel chez le voisin. En tout cas non, ici le travail n'assure pas l'indépendance mais rassure la dépendance.

Le 1er mai, alors que certains travailleurs se pavanaient sous un soleil sec, je travaillais. Nombreux diraient que je suis le plus dépendant de tous, mais il n'y a que par assiduité au travail que cette prétendue indépendance peut être imaginée. Mal payées ou impayées, plusieurs personnes passent huit heures au travail que huit heures de travail. Cette nuance ne semble pas compter. Mais c'est la réponse du berger à la bergère, surtout que le prix sera le même.

La pire des retombées, c'est que les jeunes ont perdu espoir en l'emploi, l'Etat ayant démissionné. L'emploi lui-même a perdu son sens, sa valeur. Certains chômeurs ne se voient plus assez différents de certains travailleurs, même s'ils font erreur. C'est là que nous atterrissons de notre chute, l'espoir brisé, le moral essuyé.

Je ne sais pas comment se fête la journée mondiale du travail dans votre pays, mais chez, c'est presque comme cela. Le respect du travailleur est encore un défi... ©Fidèle BWIRHONDE  ©fideleblog.canalblog.com