D’aucuns se demandent ce qui fait d’une personne un leader : Le rang social ? Le style de vie ? La célébrité ? La capacité d’entreprendre ? Le génie imaginatif ? Ou autre chose, peut-être. Nous nous proposons de réfléchir sur ce questionnement en confrontant deux sortes de leadership : celui religieux et celui politique à partir des expériences que nous faisons dans le train-train de notre quotidien. Il ne s’agit pas de chercher à savoir qui ‘gagne le match’’ entre les deux mais, de faire de chacun un vrai leader pour notre situation politico-religieuse en Afrique. 


 Un texte de Jean-Luc MULYANGA


Politique et religieux pour un seul leadership. *Crédit: latempete.info

 Faisant fi de clinquantes définitions ou significations du concept, nous pensons simplement que le « leadership » est une personne douée de la capacité de mener ou de conduire d’autres individus ou une organisation vers un objectif bien défini. C’est un homme capable de guider, d’influencer et même d’inspirer. C’est en ce sens que l’on attend d’un leader les qualités telles que la capacité d’initiative, de créativité, une planification. Par surcroît, il se distingue d'un gestionnaire ou d'un décideur, lequel a des capacités pour l'administration, sans pour autant « mener » le groupe, l'organisation ou le pays à un autre stade de son développement. Un bon gestionnaire peut être un leader, mais les deux qualités ne sont pas automatiquement liées. Il y a là lieu de faire la nuance.

Longtemps associé à la sphère politique, le leadership est une qualité recherchée dans un grand nombre de domaines. Ainsi, on parlera aussi de leadership dans le monde des affaires, celui de la culture ou de la science ou mieux encore, dans le domaine du sport. On distinguera aussi leadership public de leadership privé, ce dernier étant orienté vers l'entreprise. Un politicien ou un pasteur d’âmes n'est donc pas nécessairement un leader ; inversement, bien des leaders ne sont ni des politiciens ni des pasteurs d’âmes.

« Le leader doit être celui qui s’efforce de croître en vertu aussi sûrement qu’il respire » Alexandre Dianine-Havard

1.      Le leadership religieux

Un leader religieux est celui qui se fait petit, serviteur. Le service, l’altruisme et le sacrifice sont des traits essentiels d’un leader religieux. En outre, il est celui qui inspire et rappelle que la nature en général et l’homme en particulier, ne peuvent pas être réduit à une matérialité qui perd tout sens dans un néant anéantissant ; mais que tout ce qui est a une origine et une finalité, un but et un sens. Un sens qui se donne dans une forme de communion mystique avec la Transcendance dans laquelle tout subsiste. Une Transcendance qui s’incarne selon les diverses traditions religieuses.  Par ailleurs,  dans les différentes traditions religieuses, nous avons des figures qui nous sont présentées comme des modèles par excellence du leader : dans la Tradition juive Moïse nous est donnée comme figure du leader ; dans la Tradition chrétienne Jésus-Christ est considéré comme le modèle par excellence du leader ; dans la Tradition bouddhiste Bouddha est présenté comme prototype du leader ; dans la Tradition islamique Mahomet, etc.  L’histoire nous montre qu’il y a eu des générations d’individus qui se sont laissé inspirer par des modèles par excellences du leader selon leurs Traditions religieuses. C’est en ce sens que nous avons des Rabbins, des Pasteurs, des Moines Bouddhistes, des Imams comme leaders. 

Ce sont des personnages dont la vie entière et le caractère motivent et mobilisent les gens à leurs idéaux. Certains Pontifes Romains comme Paul VI (1963-1978) et Grégoire le Grand (540-604) ont dit conjointement à peu près ceci : « Le discours qui touche le plus le cœur de l’homme est le témoigne de vie. Le monde d’aujourd’hui a plus besoin de témoins que de prédicateurs ». Le meilleur de leadership tient son autorité de la force d’un exemple honnête, et non seulement du pouvoir que procure le prestige, la personnalité ou la fonction d’une personne.

Chose dolente, les leaders religieux de l’Afrique, en ce siècle, se limitent à endoctriner des fidèles avec des enseignements taillées sur mesure, mieux à la dimension des besoins du ventre en manipulant l’affectivité de leurs ouailles.  Avec comme conséquence l’écart abyssal entre la foi prêchée et la foi vécue.  Ainsi, la pratique de la foi est réduite à un mimétisme béant ; sans consistance où l’on répète des formules et des rites, sans chercher du tout à les comprendre ou à saisir, ni leur sens ni leur profondeur (Kä Mana, Ma foi de théologien africain d’aujourd’hui). Ces fidèles se laissent, ainsi facilement impressionnés par le merveilleux ou le miracle ; comme si une vraie vie chrétienne n’existerait qu’avec miracle en ‘’leur’’ faveur. Manipuler les fidèles au moyen de menaces ou de récompenses n’est pas digne d’un leader. Le vrai leader cherche à motiver les gens à partir de l’intérieur, en s’adressant à leur cœur, et non par le moyen de pressions et de contraintes extérieures.  

Il est donc question, non de style ou de technique mais de caractère. Un leader religieux doit se trouver modèle dans les figures qui fondent sa tradition religieuse : Moïse, Jésus, Bouddha, Mahomet, etc. Se tourner vers les modèles du monde séculier, à la poursuite d’un succès quelconque comme des stars de la photographie, commet ispo facto une erreur monumentale par rapport à sa mission de berger qui, connaissant ses brebis donne sa vie pour elles.

Lire  le même auteur (JL Mulyanga) :  Notre Afrique hurle de douleurs... Réflexion d'un théologien sur un théologien !

2. Le leader politique

Dans une société qui vit le désarroi, les troubles politico-administratifs, un leader politique serait celui dont parlerait Friedrich Hegel : « L’individu historique », c’est-à-dire celui qui incarne l’esprit du peuple. À partir d’un moment donné, un peuple vit de besoins qu’il faille assouvir ; c’est là que doit être la pertinence d’un « individu historique ». C’est donc celui qui vient avec des théories ou des initiatives pour relever le peuple et le conduire sur un chemin d’espérance, de développement et de changement sur tous les plans ; celui qui opère dans le peuple un virement de la médiocrité à l’excellence (Ebénézer NJOH-MOUELLÉ).

Quand la vitalité de l’État est dans les chefs des individus, les lois de l’État et ses institutions sont reconnus par les individus comme étant les leurs. Ainsi la nature de l’État (sol, montagne, etc.) constituera leur propriété extérieure. Nos sociétés actuelles ont besoin d’hommes de confiance, qui inspirent la fierté d’un peuple ; qui portent la culture d’un peuple et le mène à bon port.

Il est favorable, pour un leader politique, de gérer sa charge avec un système d’organisation qui fasse travailler tout le monde. Ce n’est pas un personnage qui veut ou fait le travail de tout le monde. Savoir partager les tâches est une de ses caractéristiques. Ce n’est pas non plus un ‘‘cabochard’’ qui conduise ses membres ou une masse de gens vers une route sans issue, un cul de sac. C’est ainsi que la pratique des vertus comme la prudence ou la tempérance lui est, sans nul doute, bénéfique. Comme nous l’avions souligné en début de texte, « Le leader doit être celui qui s’efforce de croître en vertu aussi sûrement qu’il respire » (Alexandre Dianine-Havard).

Le leader politique doit être vertueux. Il doit constamment user de la pratique du bien (de la charité). L’homme bon est l’homme vertueux. Le leader vertueux, sera donc celui qui agira habituellement avec une droiture éthique, celui qui n’aura peur de rien si ce n’est de sa propre conscience. Il ne suffit pas pour lui d’avoir l’idée du bien seulement afin de bien se conduire moralement. Il lui suffit, outre l’idée du bien, de la mettre en pratique. Il ne faut pas pour le leader politique de poser un acte bon seulement, mais qu’il s’exerce continuellement à la pratique du bien.

Selon Platon, les principales vertus humaines ou morales que nous conseillons au leader politique, ce sont : la prudence, la justice, le courage ou la force et la tempérance ou la maîtrise de soi. Mais avant lui, le poète Pindare et le dramaturge Eschyte les avaient déjà mentionnées. De la sorte, par la prudence le leader politique se sent aidé à prendre de bonnes décisions pour le bien de ses dirigés ; par le courage, il maintient le cap dans la lutte pour la paix et la stabilité politique et, résiste aux agressions de toute sorte ; par la tempérance, il subordonne les passions à l’Esprit et les canalise vers la réalisation de sa mission ; et par la justice, il est en droit de donner à chacun son dû.

Conclusion

In fine, un leader est digne de confiance, prend l’initiative, a du jugement, parle avec autorité, fortifie les autres ; est optimiste et enthousiaste, met l’accent sur les objectifs plutôt que sur les obstacles, enseigne par le témoignage et l’exemple, cultive la fidélité, éprouve de l’empathie pour les autres ; est de bonne conscience, est catégorique et décidé, discipliné, courageux, plein d’énergie, se fixe un modèle de vie ou un mentor. Choisissez-donc votre camp cher leader politique ou religieux et faîtes-nous sortir de l’abîme.  ©fideleblog.canalblog.com - 2019