Ils sont des centaines, tellement nombreux dans nos rues qu’aucune institution n’en possède les chiffres réels actuels. J’en ai des larmes quand j’en vois des dizaines errant comme si « les arbres » dont ils dont descendus sont déjà tombés. Des arbres !, trop exagéré pour désigner ces mamans et papas qui ont renoncé à être réellement parents dans un pays qui a ratifié la convention des droits de l’enfant, entre autres. Les "enfants de la rue", enfants de notre honte ! Selon l’Unicef, la RDC en compterait 8 millions, plus de 10 000 à Lubumbashi. Abandonnés à leur triste sort, ces enfants deviennent un danger pour eux-mêmes et pour la société. Ces enfants sont les nôtres, pas ceux de la rue...

Des enfants de la rue grimpant sur un camion-citerne à Lubumbashi *Ph: Nelly M.-FideleBlog

On sait comment on devient enfant de la rue, mais rarement comment on en sortira un jour. Sans parents, ces enfants n’ont aucun responsable pour veiller sur eux. L’État ne s’en préoccupe pas. Survivre dans la rue, c’est la première leçon qu’ils apprennent. Seuls les plus courageux y arrivent. Ceux qui meurent, personne n’en connaît le nombre. Dans ces conditions, ces enfants  deviennent très dangereux.

- Survivre ou mourir 

Au coin des rues, ils sont reconnaissables par leur mine. Ils sont voleurs, harceleurs, mendiants ou simplement pensifs et pleins de soucis. La communauté s’en méfie ; pourtant c’est cette même communauté qui les a fabriqués.

Pour aller d’un lieu à un autre sur de longues distances, ces enfants grimpent sur des camions chargés de minerais ou d’autres marchandises, au risque d’en tomber et d’y laisser leur peau. Les autorités regardent, mais  restent silencieuses.

Ces enfants se faufilent entre les rangées de véhicules pour mendier aux fenêtres ou s’amuser. Ils ne peuvent s’empêcher de ravir ce qu’ils peuvent aux distraits. Certains finissent écrasés par les roues des voitures. Et quand ils n’inspirent pas pitié, ces enfants sont chassés par des gens sans cœur, hélas !

- Les Églises divisent les familles

Décidément nos rues sont plus accueillantes que notre société. Elles accueillent tous ces enfants que les Églises séparent de leurs familles. Des prophètes charlatans, qui pullulent dans ces Églises, accusent les enfants d’être possédés par un mauvais esprit, d’être des sorciers. Ce qui est curieux est que ces Églises de Dieu sont « capables » de voir la sorcellerie dans les enfants, mais ne peuvent pas les en délivrer. Cela me semble criminel.

Maiq la vraie raison des dissensions dans les familles est souvent économique. C’est un problème de pauvreté, contrairement à ce que racontent nos pasteurs charlatans. Leur obstination à prêcher prospérité et miracles, les poussent à voir des démons partout et à en créer là où il n’y en a pas. Certes, ces sermons les rendent populaires voire riches, mais au bout du compte, il en résulte des divisions et des foyers brisés. Et les rues s'en réjouissent.

- Les criminels de demain?

Mes entretiens avec quelques enfants de rue à Lubumbashi m’ont permis de faire un constat amer : certains fuient leurs familles sans en être chassés. D'autres me diront être venus d'une autre province attirés par une rumeur que tout allait bien à Lubumbashi, mais à tout seuls à l'arrivée, ils ont déchanté. Ils sont attirés par la liberté apparente et sans limite de leurs camarades qui vivent dans la rue. D’autres enfants se sont habitués, simplement parce que très jeunes, ils vendaient déjà dans la rue en vue de soutenir leurs foyers en difficultés.

Mais dans tous les cas, il y a mauvaise gouvernance familiale, aggravée par une précarité économique généralisée, mais aussi l’absence d’une politique publique en faveur de l’encadrement de ces enfants. En s’habituant à la rue, ils se préparent à surmonter la peur et à se battre. Ils se préparent à la criminalité, hélas. ©Fidèle BWIRHONDE ©fideleblog.canalblog.com