Lundi 2 mars 2015, la télévision nationale congolaise annonce la signature de la loi de programmation déterminant les modalités d'installation de nouvelles provinces, une lueur de 26 provinces constitutionnelles en RDC. Alors que rien de vrai n'est encore fait, on crie : Ça y est, enfin ! Bien qu'important, Joseph KABILA n'est pas bête.  En fait, il fallait vite en finir avec la mise en place de 26 provinces de la nouvelle RDC, avant de céder le fauteuil de la présidence. Comme pour poursuivre ses interventions de la dernière heure, il dit appliquer la constitution. C'est bien beau, si seulement c'était convainquant dans la procédure.

Découpage de la R.D. Congo. *Ph : FideleBlog Mix

- Histoire -

Rien de nouveauté et tout est neuf... Le ministre congolais de l'intérieur, Evariste BOSHAB, s'est montré pratique mais sans mettre sa raison en jeu. Déjà en 2006, le ministre d'Etat en charge de l'intérieur, le général intelligent Dénis KALUME NUMBI avait tracé la procédure du découpage territorial et les conditions y relatives. Pour lui, il fallait 3 ans (2007-2010) pour en finir, mais aujourd'hui on nous propose à peine quelques mois. Quel savoir-faire, jusqu'à refuser de recourir aux archives du même ministère. L'autre fait marquant, c'est que la présidence n'a pas changé de camp depuis lors. Alors pourquoi une politique « multivitesse », si aujourd'hui on veut la même chose que hier pour le même peuple ?

S'il fallait interroger l'histoire... Plus récemment au cours de la décennie 80, la province du Kivu se découpait en trois provinces, donc tout aurait des références utiles. Et depuis 2006, la constitution de la RDC reconnait 26 provinces dont elle prévoit la mise en place. Mais voici bientôt dix ans avec les vieilles onze provinces et de beaux discours entrecoupés par des silences mortels. Pendant ce temps, le pessimisme prend place, et des voix se lèvent contre le découpage que les opposants actuels ont approuvé en 2006. Sentant monter la méfiance de certains hypocrites,   le 5 janvier 2015, le président de la RDC (en séjour dans le Katanga, Sud-Est du pays), annonçait que la loi prévoyait les voies de blocage du découpage territorial. Quelques jours plus tard, le président du parlement provincial du Katanga lança une pétition contre ce découpage. Il espérait, vainement, recueillir les signatures requises pour contraindre la non application de la constitution à ce sujet. Mais c'est le silence après tout. Aujourd'hui, le train est en marche, et monsieur le président conduit...

- Drôles les congolais -

Peu après ce dernier texte du président de la République, une blague ironique semblable à ça se partage sur WhatsApp : « Eeeeh ! Camarade, je viens de me trouver un nouveau job et je dois vite remplir les documents nécessaires, mais... Je suis de quelle province déjà ? Je ne suis plus sûr de pouvoir me situer. » Dans les rues de la ville de Lubumbashi (où je vis), nombreux n'en savent rien. Il faut trouver quelque part un analyste dans son bureau pour répondre à vos questions. Voilà ma première : Si nul n'est sensé ignorer la loi, or celle-ci est non pas ignorée mais méconnue de la majorité des citoyens, pour qui s'appliquera-t-elle ? J'ai trouvé des citoyens qui ne savaient pas comment s'est effectué le découpage ni leurs nouvelles provinces, une histoire de beaucoup d'années pourtant. Au Nord ou Sud-Kivu comme au Maniema, trois provinces nées d'un vieil amoncellement, ils peuvent se réjouir, tout n'ayant plus été bousculé, comme dans certaines autres provinces. Mais tout n'est pas accompli, bien au contraire, ça commence maintenant, et Joseph KABILA le sait bien.

- La Peur en l'air -

Comme moi, nombreux s'accordent avec la nécessité de ce découpage, mais plus nombreux encore y voient rouge. La RDC a souffert ces dernières années des exodes rurales qui ont vu les campagnes se vider au profit des villes devenues aussi saturées. Qui alors va civiliser ces milieux qui se vident ? Dieu seul sait. Sans le savoir, ces personnes en mouvement ont créé la pauvreté sur leur parcours, les villes ne pouvant plus respirer et les faire vivre. D'où la création de nouvelles campagnes en villes, un nouveau type de banlieues. Malgré tout pour tous, ça vaut mieux que retrouver la paix au village, bien que dans cette frénésie, certains ont su trouver l'autre face du presque bonheur véritable. Alors, parler de découpage, c'est simplement gêner leur prospérité.

« Suis-je toujours libre ici où pas. (...) Moi, ma peur c'est qu'on me dise demain que je dois regagner KABALO, mon territoire, où je n'ai rien ni personne (...) ». « Là d'où je viens, tout ce qu'on a c'est rien du tout. Or, si notre province est découpée, nous risquons le débarquement d'ici, alors que de l'autre coté tout est à commencer. Je pense qu'on devrait développer tout le pays sans en arriver au découpage ». Ce sont des propos de certains congolais de la province du Katanga, tous inquiets. Tout est fondé, dans une certaine mesure, et c'est cela la situation à affronter par le gouvernement.

- Les défis du pouvoir politique -

Ils sont multiples, mais il fallait d'abord le courage d'oser. Si je suis convaincu de la nécessité du découpage, je suis tout autant convaincu de la peine que le gouvernement aura à mettre en place ses institutions dans ces nouvelles provinces. C'est peut-être bien une voie de progrès et réduction de la pauvreté dans certains coins du pays, mais ce sont d'abord des problèmes qu'on créera.

En effet, dans les villes de la RDC, certains quartiers n'ont simplement pas de bureaux sinon invraisemblables. A Lubumbashi dans des quartiers comme "Lit d'eaux", les citoyens sont administrés depuis un container alors qu'ailleurs ce sont des bâtisses de déshonneur qui abritent d'autres administrations, avec à peine une ou deux chaises débout. Alors quand on connait cette vérité, on s'interroge : « Si le gouvernement n'a pas su répondre aux besoins de 11 provinces actuelles, qu'adviendra-t-il des exigences de 26 provinces à installer ? ». Rien qu'en y pensant, on doute de l'avenir, même si la magie pouvait s'en mêlait. On me dit que les infrastructures disponibles ne s'effaceront pas mais seront renforcées. C'est bien beau à dire, mais quel est l'état de ces infrastructures et où se situent-elles ?

Il y a un autre souci : la constitution de la RDC prévoit les 26 provinces depuis sont adoption en 2006, et il ne s'agit pas d'une première expérience pour le pays. Pourtant on a dû attendre des années pour en être encore au niveau des commissions d'étude aujourd’hui. Seul l'espoir fait penser qu'on ira au bout du processus en cours.

L'autre fait, c'est qu'il faut changer non d'abord la composition du territoire mais plus la mentalité du congolais. On a longtemps appris aux congolais que la vie "vivait" en ville, que servir autrui c'est cela travailler, que le pays était riche mais aussi tellement vaste qu'il ne pourrait se suffire, que le vrai bonheur était à l'étranger,... Aujourd'hui, le défi est de montrer le revers de la médaille et assurer le bien fondé du découpage, pourtant le congolais moyen est devenu pessimiste, l'expérience l'ayant rendu sage.

Bref, le gouvernement a une kyrielle de défis pour accomplir ce que dit la loi sur la RDC à 26 provinces. Elles seront peut être mises en place, mais ce n'est pas suffisant, faudra-t-il encore qu'elles fonctionnent normalement. Mais peu importe les retombées, j'adhère et je donne ma chance à l'avenir... ©Fidèle BWIRHONDE ©fideleblog.canalblog.com